De la botanique au management
Par André MUSARD le samedi 20 juin 2009, 11:05 - Management - Lien permanent
Deux sciences deux termes qui semblent bien distants ! Mais pourtant ...
De 1972 à 1986 j’étais un féru de botanique. J’avais herborisé autour de mon domicile prés de Nîmes. Je connaissais presque toutes les plantes locales. Je récoltais les plantes ou parfois essayais de les photographier pour les préserver (mais mon budget photos était limité). Puis j’ai poursuivi en vacances dans de nombreux lieux variés :dans le Morvan, les Alpes, à Lyon, puis le Lot et Garonne. Chaque région à sa flore, ses particularités. La scolarité s’est encore poursuivie à Nancy, avec un stage dans le département de la Loire, puis encore à Versailles.
--Lors de mon premier emploi je devais reconnaître les mauvaises herbes (adventices pour faire plus savant) dans des cultures de salades. C’était en Bretagne, et j’ai eu besoin de mes livres pour reconnaître certaines classiques du lieu ! Encore une fois je suis passé pour un ignorant de terrain et intellectuel déplacé !__ Les espèces ne sont pas les mêmes et parfois leurs noms ne définissent pas la même plantes (chiendent : Agropyrum repens ou Cynodon dactylon, muguet des bois et sceau de salomon, etc…).
En management, les signes de convivialité, de communication, les accents (plus ou moins chantant, rapides, ensoleillés, étrangers) varient d’une région à l‘autre. Certains termes n’ont pas le même sens. Dans la rencontres de bloggeurs à Rennes (voir le blog de Véronique ou ici) et même entre bretons, certains intervertissent crêpes et galettes : pour certains elles sont avec du froment, le blé tendre (le blé dur sert surtout pour les pâtes alimentaires) pour d’autres c’est avec le blé noir. La différence est encore plus forte pour un botaniste qui sait que le blé tendre est une graminée, une herbe avec des épis, tandis que le blé noir est une plante à fleurs très différente, une renouée cultivée.
Comme en botanique, les populations différent d’une région à l’autre, d’un secteur à l’autre selon le terrain, le versant, les cultures. Elles s’équilibrent de façons différentes et évoluent avec l’environnement. Les plantes d’ombre de certains endroits acceptent des expositions qui semblent plus ensoleillées ailleurs.
Certaines plantes prennent le dessus naturellement, soit par la taille, soit, plus perfides, comme le liseron, en s’accrochant aux autres et les écrasant comme dans un champ de maïs qui devient non récoltable. Certaines comme le gui profitent des autres ! Le lierre, par son poids peut même arriver à faire tomber des arbres !
Certaines poussent bien à l’ombre, et peuvent envahir et détruire beaucoup, comme les mousses dans un gazon. Les orties vivent bien dans les déchets riches en azote. Il faut savoir les prendre (à la main en les prenant à revers, par-dessous et en remontant, pour aller dans le sens des épines siliceuses et pleines de venin irritant).
J’ai eu la chance de pouvoir tondre des friches : petit à petit j’ai sélectionné des flores composées de graminées et de plantes à rosettes très raz de terre (plantains, chardons, pissenlits, etc.) pour créer ainsi un gazon. Si le sol est trop riche en engrais alors les légumineuses comme le trèfle ne poussent pas, si je prélève trop les déchets de tontes et n’apporte pas d’azote, le trèfle devient dominant. A certains moment, quand une population non désirée devient trop envahissante je fais après un audit, un bilan global une « opération culturale » : je taille, ou pour les plantes en rosette comme le pissenlit, me met à quatre pattes et avec un couteau je coupe l’axe principal de la racine pour enlever la plante. C’est rarement d’un simple coup de tête. Une année nous avons fait des pots de confiture de ces pissenlits justement !
Certains sélectionnent un gazon très régulier, mais très sensible aux aléas climatiques. Je préfère une pelouse d’herbes variées et complémentaires (les fromagers des alpages aussi !) En cas d’accident, ou de changement d’objectifs je regrette ou approuve le départ de certaines espèces, mais me réjouis de la venue des nouvelles.
La nature dans sa complexité nous propose ou nous permet des associations végétales variées : des bois, des prairies, des friches, des champs bien cultivés, des îles, des déserts, des jardins ordonnés à la française ou à l’anglaise. La notion de beauté, d’efficacité n’est pas la même pour tous, mais elle est souvent le résultat d’un travail raisonné, rigoureux. Sinon, quelques « mauvaises herbes » prennent le dessus ! N’en est il pas pareil avec une entreprise, chaque espèce est un type d’individu. Et pour que l’entreprise perdure, même en période de crise, il faut encadrer l’ensemble de l’association végétale et aussi fertiliser le terrain et l’entretenir avec soins. Certains ont les doigts verts, d’autres non. Cela s’apprend en partie aussi et il est normal que certains prennent les moyens de leurs ambitions !
Un ingénieur Agronome c’est un ingénieur du Vivant, et l’entreprise n’est elle pas vivante. Je suis de plus ingénieur horticole, et certains disent que l’horticulture est à l’agriculture ce que l’orfèvre est au forgeron, alors, avec le respect que je dois au forgeron dont je reste complémentaire, je pense que je peux intervenir sur du travail de précision dans des entreprises de tailles peut être modeste, mais à forte valeur ajoutée…
Commentaires
J'aime beaucoup ce pont entre la botanique et le management. Est-ce les hommes aussi perfides (ou malins) que les plantes ou le contraire ?
vaste question. Mais après reflexions, les plantes le font naturellement, les hommes ont une conscience et beaucoup le font avec des arrières pensées perfides.
Dans mon esprit je vois un grand nombre de ces plantes qui parfois sont reconnues pour leurs beauté, mais sont parasites ou en symbiose : les orchidées, les orobanches, les cuscutes, les lichens, mais ensuite toutes les autres selon le milieu et leurs voisins...
Les genêts poussent bien après un incendie, de même pour les freesias. les plantes peuvent aussi être taillées, formées...
Il a autant de parallèle à faire entre hommes et règne végétal qu'avec les animaux ou les minéraux. Ne dit on pas rester de marbre, avoir un coeur d'artichaut ou avoir le cul plus bas qu'une hyène ... Ce n'est pas la mauvaise herbe que je suis qui te contredira

Certaines homo sapiens sapiens parasitus vivent bien en symbiose avec leur environnement . Sans pour autant être aussi élégants que les orchidées. N'est pas Sabot de Vénus qui veut
Mon jardin suspendu doit faire en gros 4 x 2 mais entre lilas, saule tortueux, tomates cerises, physalis, rosier, pivoine, pétunias, géraniums, lavande (et j'en oublie), en fait c'est une jungle miniature !
La botanique est un sujet très vaste et passionnant qui mérite également beaucoup notre attention .
On peut ainsi remarquer divers changements, au même titre que l'ornithologie sur les changements climatiques .
De plus, nous avons beaucoup à apprendre ou réapprendre d'elle pour (par exemple ) un retour à l'homéopathie de nos ancêtres.
Je ne suis pas venu depuis quelques temps mais je vous souhaite un bon retour .
Car je prend toujours beaucoup plaisir à lire vos articles.
Si la nature par elle même est magnifique, la main de l'homme expert la glorifie à contrario la main d'une personne qui n'a que l'intérêt du résultat, n'en retirera qu'un maigre butin.
Ce parallèle nature/management est tout à fait adéquat.
Joli billet.
Juste un petit passage afin de savoir où tu en es et si tout va bien (ce que j'espère heing
)