Quel finalité pour l’entreprise ? Pourquoi travailler ou faire travailler ?
Par André MUSARD le lundi 24 novembre 2008, 09:13 - Management - Lien permanent
Cette question presque existentielle peut être posée par tous, mais se pose aussi à un chef d’entreprise au sens large, ou un chef de service. Le travail a-t-il un sens ?
Ce billet est une ébauche de discussion sur ce très vaste sujet.
Pourquoi travailler :
- Pour gagner de l’argent ;
- Pour rencontrer du monde
- Pour montrer que l’on sait faire des choses
- Pour se rendre utile
- Pour ne pas penser, se noyer dans l’activité…
En général, si on travaille en entreprise c’est pour gagner de l’argent, sinon on peut rester bénévole.
Un chef d’entreprise peut se poser les mêmes questions, pourquoi manager son entreprise. Ses finalités peuvent s’exprimer dans le projet d’entreprise.
Pour chacun de mes emplois l’objectif était clair :
- Pour le premier, permettre aux producteurs d’avoir un revenu décent, et moi aussi à l’occasion
- Pour le deuxième : me permettre d’avoir un revenu et un emploi du temps acceptable vis-à-vis de ma famille en produisant des roses à commercialiser par la coopérative et type super marché, avec une marge optimum. Il n’y avait donc pas de limites pour les charges, mais à conditions que la marge soit assez élevée (noter que, comme l’explique Paul Louis Brodier, améliorer la productivité n’est pas réduire les charges, mais juste diminuer les ressources par rapport aux produits réalisés, et on peut donc intervenir sur différents facteurs, et à un certain extrême jouer sur la valeur monétaire des valeurs). Ensuite ne vendant plus par la coopérative il a fallu adapter le mode de commercialisation, la gamme de production, puis des produits et services à vendre…
- pour le troisième emploi : il m’était demander de vendre en faisant le moins de remise possible, par contre le dirigeant ne regardait pas les charges déployées en face (km parcourues, nuits d’hôtel, frais de transports).
Parmi les objectifs, ou motivations de l'entreprise, certains peuvent ajouter les aspects :
- Respect des personnes, travailler pour une raison sociale
- Respect de l’environnement, travailler pour favoriser un équilibre acceptable pour la planète
- Pour la musique
- Pour une cause humanitaire
- Pour une cause religieuse
- Par amour avec un type d’activité….
- Et pour les entreprises publiques, pour une raison publique hébergement des jeunes, ou des retraités, formation, recherche, équilibre du térritoire (la poste) etc...
Le premier objectif de l’entreprise c’est en général de se maintenir en vie, et cela nécessite souvent qu’elle fasse un minimum de profit pour financer son fonctionnement : payer ses salariés, ses charges, et indemniser les ressources qui ont été mobilisées pour la créer.
Ces objectifs peuvent être traduits par visions à long terme (plusieurs années), et des étapes à plus court terme (année). (Voir ce billet qui indépendamment du mien va dans le même sens). De nouveau, pour certains, tel que Paul-Louis Brodier que je retrouve sur ce site, il y a différence entre la société (entité juridique) et l’entreprise (entité économique). Ces différences permettent de séparer les outils valeurs ajoutées en salaires et profit, et non uniquement profit, et permet aussi d’avoir des outils pour pérenniser l’entreprise.
L’entreprise peut elle être sociale ? Deux chercheurs de l’INRA développent ce thème :
"Dans la perspective libérale (dont Friedman est l’un des illustres représentants), la responsabilité sociale des entreprises a au moins trois défauts :
- elle est contradictoire avec le fonctionnement même de l’entreprise : le manager est un employé des propriétaires, et sa responsabilité première est d’accroître les profits qui leur échoient ;
- elle conduit à une confusion des rôles entre les entreprises (chargées de la production de biens privés) et le gouvernement, éventuellement les ONG, chargés de veiller à la protection des biens publics ;
- elle entraîne de toutes façons des pertes de profit qui ne sont pas tenables quand la concurrence est intense."
Et cette contradiction est semblable pour le secteur du développement durable, et ceci pour des raisons quasiment identiques.
En fait, les entreprises semblent utiliser des systèmes socialement responsables pour :
- Optimiser les charges
- Réduire les charges liées aux sous produits (Une coopérative faisait venir des roses depuis l'Inde sous pretexte de commerce équitable, mais en réalité car le prix était plus bas. Avant elle avait fait venir des fleurs de Colombie sous pretexte de favoriser la production de fleurs au détriment de la drogue, en réalité le prix bas semblait permettre de blanchir de l'argent... la valeur ajoutée de certains produits, et la destruction par vieillissement prématurée permet de dissimuler des pertes...)
- Limiter l’arrivés de règles nouvelles, ou l’intervention d’organismes extérieurs, voir de l’état ou d’associations
- Créer des clauses de non concurrence
- Jouer sur des images de marques auprès de consommateurs
- Ou encore pour des stratégies internes
Une bonne analyse des tenants et aboutissants en terme de projets et volonté des leaders de l’entreprise permet un management par objectifs, tels que présenté par le groupe KEYROS par exemple.
En conclusion, quelques soit les préoccupations des entreprises, une des mageures reste la rentabilité pour la pérénité.
Et en complément, le respect des personnes et des engagements ne peut être qu'un aspect dans un panel utile pour le management, et qui a forcément ses limites selon le type de projet ou de concurrence.
J'ai rencontré des entreprises qui préféraient abuser des rythmes de travail, sous couverture d'une image externe de respect des salariés et liberté de temps de pauses, mais pour l'une d'entres elles la mutualité agricole du département par indiscrétion m'a signalé cette entreprise comme une de celles qui avait le plus d'arrêts de travail pour cause de Troubles Muscullo Squelettiques ou TMS).

Commentaires
André,
Grande ambition que cette ébauche de réflexion sur le "sens du travail". C'est très bien.
Je vous fait part de mes propres prémisses de réflexion.
A mon sens, il y a plusieurs réflexions qui pourraient se poursuivre de manières presqu'indépendantes.
La première est sur la finalité du travail humain et la seconde sur la finalité de l'entreprise, même si les deux sont liées en partie.
J'hésite beaucoup sur la finalité du travail de l'homme en dehors de paraphraser l'Avare de Molière : "il faut travailler pour vivre plutôt que de vivre pour travailler"... Mais au-delà? Le travail n'est-il qu'un moyen de survie ou y a-t-il une finalité plus noble? Je n'ai pas de réponse. Peut-être pourrez-vous m'éclairer?
Concernant la finalité de l'entreprise, j'ai les idées un peu plus claires. D'abord, je suis complètement d'accord avec vous pour dire que le but ultime de l'entreprise n'est pas de faire le maximum de profit. Mais que le profit est une condition nécessaire à sa pérénité.
Par contre, je n'ai pas bien compris votre conclusion : "En conclusion, quelques soient les préoccupations des entreprises, une des majeures reste la rentabilité pour la pérénité. Et en complément, le respect des personnes et des engagements ne peut être qu'un aspect dans un panel utile pour le management, et qui a forcément ses limites selon le type de projet ou de concurrence."
Je ne sais si c'est votre conclusion ou celle de l'étude que vous citiez. Car j'imagine mal de votre part limiter "le respect des personnes et des engagements" en fonction du projet ou de la concurrence....
A bientôt.
Bernard Sady
Ce billet n'est qu'une réflexion. Le respect des personnes et des engagements est une approche que je souhaite, mais je suis conscient que selon le dirigeant, et en particulier en cas d'actionnaires majoritaires qui ont d'autres préoccupations, ce respect est souvent mis en arrière plan, et parfois même n'est plus pris en compte... Ce n’est pas forcément mon souhait !
Il est vrai que le genre de questions évoquer dans ce billet est très pertinent .
Pour ma part, je ne peut pas concevoir que l'on puisse rester sans activité alors comme beaucoup de gens, je ne me suis rarement interroger sur ce genre de questions comme cela et ce serait pourtant très intéressent d'en débattre car pour moi, le respect des règles et des autres est très important.